Un hommage à la ligne claire

Avec les aventures de Scott Leblanc, Philippe Geluck et Devig rendent un hommage surprenant aux grands maîtres de la ligne claire. S’amusant de références et de contre-références, ils multiplient les clins d’œil à l’actualité des années 60. Un album étonnant et amusant à plus d’un titre. Rencontre avec le scénariste.
 
 Un album et une nouvelle série qui, en 2009, se réclament de la ligne claire. Etrange…

geluckPhilippe Geluck : «Un jour, Devig dont j’ai publié deux livres de cartoons quand j’étais directeur de publication chez Casterman, m’a parlé de son idée de faire une BD hommage à nos grands maîtres de toujours. Il me donne le pitch de l’histoire, précise le canevas et au fil de la discussion je remets son histoire en place. Les idées se bousculaient dans ma tête Sur ce, on décide de se lancer dans le projet ensemble. Je me suis pris au jeu. Jamais, je n’aurais pu écrire une telle histoire seul. Mais quand je me trouve avec Devig au téléphone ou en séance de travail, ça vient tout seul. C’est incroyable.»

Cet hommage s’apparente à un pastiche total. Les références se succèdent. Cette BD est un véritable jeu de pistes.

«Tout est référence. Un jeune lecteur peut absolument découvrir cette histoire au premier degré et être pris par le suspense de l’aventure. Un lecteur ayant les références va prendre un double plaisir, même un triple! Celui de l’histoire, celui du deuxième degré, et un troisième qui ne sera pas le moindre: essayer de trouver les références. Parce que l’album en est truffé, aussi bien dans les dialogues, que dans les personnages, le décor ou les situations. Rien n’est inspiré directement d’une image. Nous n’avons pas travaillé avec les livres de Jacobs, d’Hergé ou de Martin ouverts. Devig a digéré tout cet univers. Ce qu’il a dessiné n’est que ce qu’il a en lui comme souvenirs. Tout est toujours ‘juste à côté’, on croit avoir mis le doigt sur une référence et en fait ce n’est qu’une référence à la référence. C’est cela qui nous a amusés!»

 Les similitudes physiques sont plus que troublantes…

«Oh, vous savez, les types humains ne sont pas infinis. Et si l’on veut dessiner des Européens dans le style des années 1960, la palette des possibilités se resserre. En fait, on s’est surtout concentré sur le personnage de Scott Leblanc pour éviter qu’il ne ressemble à Tintin.»

 C’est loupé!

«Son nez retroussé n’est pas celui de Tintin. Il a un visage ovale et porte une coiffure avec une ondulation. Il fait penser à Tintin mais ce n’est pas Tintin. Dans chaque case, dans chaque situation, on a placé une référence consciente ou inconsciente. Les références sont multiples et nous ne nous sommes pas inspirés d’un seul univers. Nous avons donc créé un nouvel univers avec énormément de références. Mais je ne dirais pas qu’« Alerte sur Fangataufa » est un pastiche, je dirais plutôt que c’est un hommage…»

 Un hommage un rien moqueur.

«Gentiment moqueur. Est-ce que de ma part vous pouvez imaginer autre chose? (rires) Est-ce que j’arriverais à être sérieux un jour, je ne crois pas! C’est un hommage joyeux et décalé parce que les références sont parfois à l’inverse de la logique. Le professeur Moleskine n’a qu’un seul juron à la bouche («Crénom»), c’est un choix scénaristique. Ce juron unique est un hommage aux 300 jurons du capitaine Haddock. Idem, Scott Leblanc est un peu crétin tandis que Tintin est furieusement malin.»

 Vous avez l’habitude de travailler sur des idées et des textes courts. Scénariste de BD, c’est tout autre chose?

«J’ai effectivement l’habitude de travailler sur des idées courtes et visuelles. En télé, en radio, je suis toujours dans le récit court. Là, je me lance comme scénariste, c’est tout nouveau. Ce n’est pas ma pente naturelle et j’ai vraiment dû travailler. Quand j’ai accepté le projet, je n’avais pas conscience du boulot que ça me demanderait. Il y a la première phase qui est de concevoir l’histoire, ensuite il faut la découper, en trouver le rythme, améliorer le rythme, créer les dialogues et puis vérifier que tout colle. Mais je me suis vraiment pris au jeu passionnément et j’ai adoré ça. J’avais déjà quatre métiers différents, maintenant j’en ai un cinquième. Un luxe en cette période de crise de l’emploi. (rires)»

 Anne-Sophie Chevalier

FANGATAUFA L’histoire:

Scott Leblanc est un jeune journaliste pour le moins ahuri. Il prend très au sérieux la rubrique dont il a la charge, «Des animaux et des stars». Alors qu’il est envoyé interviewer le professeur Moleskine pressenti pour le prix Nobel de physique, il assiste au vol spectaculaire d’un fragment d’une formule mathématique de la plus haute importance. La personne qui mettra la main sur les trois parties manquantes pourra mettre au point une arme révolutionnaire. Moleskine flanqué de Leblanc (et de son fidèle compagnon, à savoir un canari répondant au doux nom de Tino) part à la traque du malfaisant et débarque en Polynésie. Une course-poursuite digne des aventures créées dans les années 60 s’ensuit. La trame séduira difficilement le lecteur actuel, mais ce dernier se délectera du ton très second degré et des multiples références aux héros de son enfance. L’album se donne un air de faux rétro et ressemble à s’y méprendre aux actuels fac-similé de ‘Tintin’. Un faux vieux avec de vrais souvenirs qui aurait peut-être intérêt à se limiter à un one shot mais qui connaîtra une suite. Philippe Geluck vient en effet de terminer le scénario de «Menace sur Apollo». A suivre!

 «Alerte sur Fangataufa», de Geluck et Devig, éditions Casterman, 48 pages, 12 €

 Cote : 3/5

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