Fantômes et quête d’identité

Vanna Vinci est une auteure italienne qui connaît son petit succès au pays de Berlusconi. Traduite depuis peu en français, elle est encore assez peu connue chez nous. «Chats noirs, chiens blancs» est son quatrième album publié chez Dargaud, le premier en couleurs. Un album intimiste et mélancolique qui met en scène Gilla, une jeune fille qui se sent étrangère et perdue parmi les siens, en Italie. Elle s’envole pour Paris. Officiellement pour devenir photographe. Officieusement pour se découvrir.  

Ce nouveau roman graphique fait invariablement penser à vos précédents travaux («Aïda», «Sophia»). On y retrouve des fantômes de proches décédés. On y découvre une ville. C’est toujours le même schéma…

Vanna Vinci : «Je suis totalement fascinée par deux villes, Paris et Trieste. Je ne sais pas pourquoi mais c’est comme ça. Je les ai donc tout naturellement mises en scène dans mes albums. Et puis, j’aime aborder les différences entre générations. Il s’agit d’une thématique qui me tient fort à cœur et que j’ai transposée dans tous mes albums. Les fantômes permettent à différentes générations de se rencontrer, de discuter, de se confronter.»

 Les fantômes ne sont là que pour servir le scénario?

«Oui, en quelque sorte. Le recours aux fantômes permet d’accentuer la distance, l’éloignement entre les générations. Un grand-père décédé amplifie la notion du temps qui passe et le changement d’époque. Dans «Chats noirs, chiens blancs», le fantôme du premier petit ami de Gilla, l’héroïne, fait référence à son adolescence, à cette époque de sa vie dont elle ne s’est pas encore tout à fait détachée. Dans cet album, j’ai recours aux fantômes, mais pas uniquement. Je mets en scène des hommes et des femmes bien vivants et appartenant à une autre génération, à savoir celle de mai 68.»

Un autre thème récurrent dans vos albums: la quête de l’identité et l’introspection…

«Ce sont des thèmes qui me sont fort proches. J’aime que mes personnages aillent à la recherche de leur propre identité, qu’ils se découvrent tout au long de l’histoire. Ils doivent évoluer. C’est d’ailleurs là l’intérêt de l’histoire. Gilla est une jeune fille de 20 ans. Pleine de doutes, elle débarque un jour à Paris et ne se cessera de s’interroger sur son moi.»

 Quitter sa ville natale permettrait de mieux se connaître?

«C’est une constatation. C’est autobiographique. Dans ma jeunesse, je suis partie vivre à Milan. Cette expérience m’a permis de mieux me découvrir. Tout ce temps passé seule à m’interroger. Je n’aurais pu le faire dans ma ville natale.»

«Chats noirs, chiens blancs» met en scène de nombreuses femmes de toutes époques. Il y a Gilla bien sûr, mais il y a aussi Nina une post-soixante-huitarde et la princesse de Lamballe, épouse malheureuse de l’arrière petit-fils de Louis XIV. Une réflexion sur la condition féminine?

«Je voulais plutôt étudier l’évolution de personnages féminins qui auraient quitté leur ville natale. Aucune de ces femmes n’est née à Paris. Leur cheminement est fort intéressant. Gilla ne s’est pas encore découverte dans ce premier tome. Dans le second volume qui fermera le diptyque de «Chats noirs, chiens blancs», elle rencontrera de nouveaux personnages féminins hauts en couleurs.»

 Un album qui s’intitule «Aïda», un diptyque qui répond au nom de «Sophia», pourquoi ne pas avoir opté pour une trilogie et avoir simplement baptisé votre nouvel album «Gilla»?

«Cette fois, j’ai mis l’accent sur les fantômes. Je ne crois pas aux fantômes, mais s’ils existaient, je pense qu’ils se manifesteraient sous la forme d’un chat noir ou d’un chien blanc vaporeux. J’aime beaucoup cette image.»

Anne-Sophie

«Chats noirs, chiens blancs, t 1: Réminiscences parisiennes», de Vanna Vinci, éditions Dargaud, 144 pages, 15,50 €

 Cote: 3/5

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